Les Chiffres Études et chiffres

21,6 milliards d’euros pour la formation : ce que révèle le rapport 2025 de France compétences

Les dépenses de formation professionnelle et d’alternance ont atteint 21,61 milliards d’euros en 2024. Derrière ce total, les trajectoires divergent fortement.

Par Benoit Gambier

21 min de lecture

Rapport institutionnel ouvert présentant des graphiques, relié à des scènes d’apprentissage, de formation à distance et d’accompagnement professionnel.

Le Rapport sur l’usage des fonds de la formation professionnelle et du conseil en évolution professionnelle, publié par France compétences le 26 février 2026, analyse les financements engagés au cours de l’année 2024.

Cette quatrième édition ne se contente pas d’additionner les montants consacrés à la formation. Elle met en relation les fonds engagés, le nombre d’actions prises en charge, leur durée, leur coût unitaire, les caractéristiques des bénéficiaires et, lorsque les données le permettent, leurs effets sur les parcours professionnels.

Sur le périmètre pour lequel France compétences peut produire une vision financière consolidée, 21,61 milliards d’euros ont été engagés en 2024. Ce montant est en baisse de 1,7 % par rapport à 2023, soit une diminution de 369 millions d’euros.

Cette évolution moyenne masque toutefois des dynamiques très différentes. Le nombre de contrats d’apprentissage continue de progresser alors que leur coût unitaire diminue. Le contrat de professionnalisation recule nettement. Les engagements consacrés au CPF repartent à la hausse sous l’effet du permis moto. Les financements destinés à la formation des salariés diminuent, notamment en raison du recul du FNE-Formation et des versements volontaires des entreprises aux OPCO.

21,61 milliards d’euros sur un périmètre précis

Le montant de 21,61 milliards d’euros ne correspond pas à la totalité des dépenses de formation professionnelle réalisées en France.

Selon l’annexe au projet de loi de finances pour 2026 citée par France compétences, 56,6 milliards d’euros ont été dépensés en 2024 au titre de la formation professionnelle continue et de l’apprentissage. Après exclusion des dépenses directes des entreprises pour leurs salariés et de celles des trois fonctions publiques pour leurs agents, cette dépense représente encore 33 milliards d’euros.

Le rapport de France compétences retient un périmètre plus ciblé. Il porte principalement sur les actions financées par des fonds publics ou mutualisés et gérées par les OPCO, Transitions Pro, l’État, les Régions, la Caisse des Dépôts, France Travail et l’Agefiph.

Le total de 21,61 milliards d’euros couvre les engagements consacrés aux dispositifs suivants :

DispositifFonds engagés en 2024Nombre d’actions ou de contratsCoût unitaire
Contrats d’apprentissage15,594 milliards d’euros896 00017 400 €
Contrats de professionnalisation649 millions d’euros93 0006 960 €
Compte personnel de formation2,291 milliards d’euros1 391 0001 650 €
Projets de transition professionnelle490 millions d’eurosUn peu plus de 16 00030 100 €
Formations des salariés soutenues dans le cadre du PDC2,588 milliards d’euros4 554 000570 €

Les fonds consacrés à la formation des personnes en recherche d’emploi et au conseil en évolution professionnelle ne sont pas intégrés à ce total. Le rapport présente néanmoins des données sur ces deux champs. France compétences recense notamment 692 000 entrées dans des formations destinées aux personnes en recherche d’emploi et 3,366 millions de nouvelles entrées en conseil en évolution professionnelle.

L’exclusion de leurs financements du total s’explique par les limites des données disponibles. Pour les formations des personnes en recherche d’emploi, le suivi financier ne permet pas encore de restituer le coût complet de chaque action sur toute sa durée. Pour le conseil en évolution professionnelle, les travaux ne permettent pas de déterminer le coût d’un parcours d’accompagnement comparable aux coûts unitaires calculés pour les autres dispositifs.

Des engagements et non les seuls décaissements de l’année

Le rapport utilise principalement une comptabilité d’engagement.

Lorsqu’un financeur accepte de prendre en charge une action, l’ensemble du coût prévisionnel est rattaché à l’année de cette décision, même lorsque la formation ou le contrat se poursuit sur plusieurs exercices. Les engagements sont ensuite présentés nets des annulations.

Un contrat d’apprentissage commencé en 2024 et prévu pour durer dix-huit mois est donc comptabilisé au titre de 2024 pour l’ensemble de son coût prévisionnel. Le montant ne correspond pas uniquement aux sommes effectivement versées pendant cette première année.

Cette méthode permet de rapprocher les décisions de financement du nombre de nouveaux contrats ou de nouvelles actions pris en charge. Elle se distingue d’une approche de trésorerie, qui comptabiliserait seulement les décaissements effectués au cours de l’exercice.

La distinction est importante. Il est plus exact de parler de 21,61 milliards d’euros engagés en 2024 que de 21,61 milliards d’euros intégralement payés au cours de cette même année.

France compétences et l’État restent les principaux financeurs

France compétences est à l’origine de l’affectation de 12,848 milliards d’euros, soit 59 % des engagements retracés. L’État intervient à hauteur de 5,925 milliards d’euros, ce qui représente 27 % du total.

Les autres ressources comprennent :

  • 692 millions d’euros de fonds conventionnels décidés par accord de branche
  • 391 millions d’euros provenant d’autres financeurs publics ou paritaires
  • 1,566 milliard d’euros apporté par les employeurs du secteur privé
  • 191 millions d’euros supportés par les ménages

Les fonds publics et mutualisés représentent au total 19,856 milliards d’euros. Ils diminuent de 2,1 % par rapport à 2023.

Les financements privés complémentaires atteignent 1,756 milliard d’euros et progressent de 3,4 %. Les contributions des employeurs restent presque stables, avec une hausse de 0,2 %. Celles des ménages augmentent de 40,3 %, principalement en raison de l’introduction de la participation financière obligatoire dans le cadre du CPF.

Les fonds conventionnels progressent de 5,6 %. Ils sont presque entièrement orientés vers le soutien aux plans de développement des compétences des entreprises. France compétences indique que 99 % des engagements provenant de ces contributions conventionnelles concernent ce dispositif.

L’alternance absorbe les trois quarts des fonds observés

Les contrats d’apprentissage et de professionnalisation représentent ensemble environ les trois quarts des engagements retracés dans le rapport.

Cette concentration résulte principalement de la place prise par l’apprentissage depuis la réforme de 2018. L’apprentissage représente à lui seul 72 % de l’ensemble des fonds engagés en 2024.

Les deux formes d’alternance connaissent cependant des évolutions opposées. L’apprentissage continue de progresser en nombre de contrats, tandis que le contrat de professionnalisation connaît sa plus forte baisse depuis 2020.

Cette évolution confirme le déplacement du centre de gravité de l’alternance vers l’apprentissage.

L’apprentissage progresse avec des engagements en baisse

Près de 896 000 nouveaux contrats d’apprentissage ont été pris en charge en 2024 dans le secteur privé. Leur nombre augmente de 5 % par rapport à 2023.

Sur une période plus longue, la progression est encore plus nette. Le nombre de contrats pris en charge passe d’environ 719 000 en 2021 à 896 000 en 2024, soit une hausse de 25 %.

Dans le même temps, les engagements consacrés à l’apprentissage diminuent de 3 %. Ils passent de 16,151 milliards d’euros en 2021 à 15,594 milliards d’euros en 2024.

Le système finance donc davantage de contrats avec une enveloppe globale légèrement inférieure à celle de 2021. Cette évolution résulte des différentes mesures de régulation des niveaux de prise en charge et du recentrage des aides versées aux employeurs.

Le coût unitaire d’un contrat d’apprentissage, calculé sur toute sa durée et hors rémunération de l’apprenti, s’établit à 17 404 euros en 2024. Il atteignait 22 478 euros en 2021, ce qui représente une baisse de 23 %.

En 2024, ce coût se compose notamment de :

  • 52 % de coûts pédagogiques
  • 34 % d’aides versées aux entreprises
  • 4 % d’exonérations et d’aides bénéficiant aux apprentis
  • 10 % correspondant aux autres coûts pris en compte

La prise en charge pédagogique moyenne engagée par les OPCO passe de 10 023 euros par contrat en 2021 à 9 125 euros en 2024. La baisse atteint 9 % sur la période alors que le volume de contrats augmente fortement.

Le rapport rattache cette diminution aux révisions successives des niveaux de prise en charge. L’exercice de 2024 a notamment ciblé les certifications de niveaux 6 et 7 et introduit un plafond de 12 000 euros pour ces niveaux.

Le coût de revient augmente pour les CFA

La diminution du coût unitaire financé ne signifie pas que les charges supportées par les organismes de formation par apprentissage diminuent.

France compétences distingue le coût unitaire engagé pour un nouveau contrat et le coût de revient annuel constaté dans les comptes des organismes.

Le coût unitaire engagé couvre le financement prévisionnel d’un contrat sur toute sa durée. Le coût de revient annuel correspond aux charges réellement rattachées à l’activité d’apprentissage pendant une année civile.

En 2024, le coût de revient moyen d’un apprenti sur un an atteint 8 825 euros. Il augmente de 2,7 % par rapport à 2023. Une fois l’inflation retranchée, la progression reste de 0,7 %.

La pédagogie représente 51 % de ce coût moyen, soit 4 520 euros par apprenti. Les charges de structure représentent 26,7 %, soit 2 356 euros. Les autres postes comprennent notamment l’accompagnement, la communication, les investissements et les frais annexes.

Les coûts diffèrent fortement selon les formations. Ils sont plus élevés lorsque le niveau de certification augmente et varient également selon les spécialités. Le coût de revient moyen passe ainsi de 7 590 euros pour une certification de niveau 3 à 9 439 euros pour une certification de niveau 7.

Les formations nécessitant des équipements, des ateliers ou des plateaux techniques importants peuvent également supporter des charges plus élevées.

La marge moyenne des organismes d’apprentissage diminue

Les organismes de formation par apprentissage déclarent environ 9,1 milliards d’euros de charges et près de 9,6 milliards d’euros de produits pour l’exercice 2024. Leur résultat net cumulé atteint 492 millions d’euros.

Le taux de marge moyen demeure positif, mais il recule nettement. Il passe de 8,5 % en 2023 à 5,1 % en 2024, soit une diminution de 3,5 points.

France compétences relève également une forte hétérogénéité entre les organismes. Le niveau de rentabilité varie selon :

  • le statut juridique de l’organisme
  • sa taille
  • la part de l’apprentissage dans son activité totale
  • le niveau des certifications préparées
  • les spécialités de formation proposées
  • l’importance des équipements et des plateaux techniques nécessaires

À la fin de l’année 2024, 55 % des organismes présentent un résultat excédentaire selon la définition retenue par France compétences. Cette proportion était proche de huit organismes sur dix en 2021 et en 2022, puis d’environ sept sur dix en 2023.

Le volume d’apprentis ne suffit donc pas à apprécier la situation économique d’un CFA. Il faut aussi examiner le niveau de prise en charge de chaque certification, les charges pédagogiques, les coûts de structure, les investissements nécessaires et les résultats propres à chaque activité.

Le contrat de professionnalisation recule fortement

Le contrat de professionnalisation représente 649 millions d’euros d’engagements en 2024 pour 93 256 contrats effectivement pris en charge.

Le nombre de contrats baisse de 21 % par rapport à 2023. Les engagements financiers diminuent de 34 %.

Cette rupture intervient après plusieurs années de relative stabilisation autour de 115 000 entrées annuelles. Elle est notamment liée à la suppression, en mai 2024, de la principale aide à l’embauche des salariés de moins de 30 ans en contrat de professionnalisation.

Le coût unitaire moyen s’établit à 6 957 euros. Il diminue de 17 % en un an et de 45 % par rapport à 2021.

La baisse est principalement due au recul des aides versées aux employeurs. Elles représentaient 48 % du coût d’un contrat en 2021, contre environ 8 % en 2024.

Les coûts pédagogiques constituent désormais la principale composante du financement, avec 73 % du coût unitaire. Le contrat de professionnalisation se recentre ainsi sur sa fonction historique de formation continue et de réinsertion professionnelle de publics adultes.

Le CPF progresse sous l’effet du permis moto

En 2024, 1,391 million de dossiers CPF ont été validés. Le panorama en coût complet retient 2,291 milliards d’euros d’engagements et un coût unitaire d’environ 1 650 euros.

Le nombre de dossiers augmente de 4 % par rapport à 2023. Les engagements progressent de 6 % après deux années consécutives de baisse.

Cette reprise doit toutefois être interprétée avec prudence. Elle ne correspond pas à une croissance homogène des formations financées par le CPF.

L’année 2024 est marquée par deux changements réglementaires majeurs.

Depuis janvier 2024, les préparations au permis moto sont devenues éligibles. À compter du 18 mai, l’accès au financement des permis légers a été restreint pour les personnes possédant déjà un permis relevant de cette catégorie. Une participation financière obligatoire de 100 euros a également été instaurée le 2 mai pour les actifs occupés qui ne bénéficiaient pas d’une exonération.

Ces changements provoquent une évolution très irrégulière du recours au CPF. Entre janvier et avril 2024, le nombre de dossiers validés augmente de 45 % par rapport à la même période de 2023. Sur le reste de l’année, il diminue de 17 %.

Les permis moto représentent près de 10 % des dossiers validés sur l’ensemble de l’année. France compétences relève que 95 % des permis A2 ont été souscrits au cours du premier semestre.

Hors permis moto, le nombre de dossiers validés et le montant des engagements auraient été légèrement inférieurs à ceux de 2023. La hausse globale du CPF tient donc largement à l’ouverture temporairement très large de ce nouveau marché.

La structure des formations CPF se transforme

L’essor des permis moto modifie la composition des actions financées.

Les formations préparant à une certification enregistrée au RNCP ne représentent plus que 16 % des dossiers en 2024, contre 20 % en 2023. La part des formations rattachées au Répertoire spécifique passe de 42 % à 36 %.

Les actions éligibles au CPF par exception législative, notamment les permis de conduire et les bilans de compétences, passent de 38 % à 47 % des dossiers.

Le coût moyen et la durée varient fortement selon la nature de l’action :

Type d’actionCoût unitaire moyenDurée moyenne
Certification RNCP2 445 €256 heures
Certification du Répertoire spécifique1 667 €38 heures
Action éligible par exception législative1 346 €24 heures

Rapportées à leur durée, les formations RNCP présentent le coût horaire le plus faible, avec environ 10 euros par heure. Le coût horaire moyen atteint 44 euros pour les formations du Répertoire spécifique et 57 euros pour les actions éligibles par exception.

Le montant total d’une formation ne suffit donc pas à comparer les offres. La durée, la finalité, le niveau de certification et la nature de l’accompagnement doivent également être pris en compte.

La participation financière déplace une partie du financement

France compétences demeure le principal financeur du CPF. En 2024, 90,3 % des fonds engagés proviennent directement de l’établissement public par l’intermédiaire de la Caisse des Dépôts.

Les titulaires financent 5,2 % des engagements, contre environ 3 % les années précédentes. France Travail représente 2,1 %, les dotations des entreprises 0,8 % et les autres financeurs 1,6 %.

L’augmentation de la contribution des titulaires résulte principalement de la participation financière obligatoire. Le reste à charge supporté par les bénéficiaires augmente fortement, même s’il ne représente encore qu’une part minoritaire du financement total.

Les abondements directs des entreprises demeurent limités. En 2024, leurs contributions directement mobilisées dans les dossiers atteignent 17 millions d’euros, contre 12 millions en 2023.

Les autres cofinancements restent eux aussi minoritaires. Un peu plus de 25 000 formations ont bénéficié d’un abondement de France Travail en 2024.

Le CPF devient un outil majeur pour les demandeurs d’emploi

En 2024, 34 % des dossiers CPF sont souscrits par des personnes inscrites à France Travail, y compris lorsqu’elles ne perçoivent pas d’indemnité de chômage. Cela représente plus de 470 000 dossiers.

Le CPF constitue désormais le premier dispositif en volume d’accès à la formation pour les personnes en recherche d’emploi. Les autres dispositifs qui leur sont spécifiquement destinés représentent, ensemble, un peu moins de 700 000 entrées.

La frontière entre formation individuelle et politique de l’emploi est donc moins nette qu’il n’y paraît. Même lorsque le CPF est mobilisé à l’initiative du titulaire, une part importante des bénéficiaires se trouve en situation de recherche d’emploi.

Un peu plus de 3 milliards d’euros pour la formation des salariés

Un peu plus de 3 milliards d’euros sont engagés en 2024 dans les deux dispositifs de formation des salariés étudiés par le rapport.

Le plan de développement des compétences représente 84 % de ce montant. Le projet de transition professionnelle en représente 16 %.

L’ensemble diminue de 7 % par rapport à 2023. La baisse est plus importante pour les actions organisées dans le cadre du plan de développement des compétences.

Elle s’explique notamment par la diminution des versements volontaires effectués par les entreprises auprès de leur OPCO et par le recentrage des fonds consacrés au FNE-Formation.

4,55 millions d’actions soutenues dans le cadre du PDC

Les actions organisées dans le cadre du plan de développement des compétences avec le soutien d’un financeur public ou paritaire représentent 2,588 milliards d’euros.

Plus de 4,554 millions d’actions sont engagées au bénéfice des salariés. Leur durée moyenne est de 19 heures et leur coût unitaire atteint 568 euros, dont 270 euros de coûts pédagogiques.

Ces formations sont généralement orientées vers l’adaptation au poste de travail, le maintien des compétences et l’accompagnement des évolutions de l’activité de l’entreprise.

Leur coût unitaire est le plus faible parmi les dispositifs étudiés, mais leur volume est de loin le plus élevé.

Le reste à charge moyen supporté par l’employeur représente 38 % du coût. Il atteint 67 % dans les entreprises de plus de 50 salariés.

Les OPCO occupent une place centrale dans ce circuit. Ils assurent 99 % de l’intermédiation des fonds publics, mutualisés, conventionnels et volontaires mobilisés pour soutenir ces actions.

Ils peuvent intervenir par le remboursement des dépenses engagées par l’entreprise, par le paiement direct de l’organisme de formation ou par la prise en charge d’une partie des frais annexes et des rémunérations.

Leur intervention ne se limite pas au financement. Ils apportent également un appui dans la recherche d’une offre de formation et dans l’ingénierie financière ou juridique.

Le rapport ne couvre pas tous les achats directs des entreprises

Les 2,588 milliards d’euros consacrés au PDC ne représentent pas l’intégralité des dépenses de formation des entreprises.

Le rapport ne comptabilise que les formations mises en œuvre avec le concours d’un financeur public ou paritaire. Les actions entièrement financées et organisées directement par les entreprises restent hors de son périmètre.

Le marché de la formation des salariés est donc plus large que les montants retracés. Le rapport confirme néanmoins l’importance des circuits passant par les OPCO et des financements conventionnels décidés au niveau des branches.

Cette donnée rappelle que le marché de la formation professionnelle ne se résume pas au CPF. Les organismes peuvent également intervenir dans le cadre du plan de développement des compétences, des financements conventionnels, des versements volontaires et des achats directs des employeurs.

Le PTP finance des parcours longs et coûteux

Un peu plus de 16 300 projets de transition professionnelle ont été financés en 2024 pour un montant total de 490 millions d’euros.

Le coût unitaire moyen atteint 30 100 euros, soit le montant le plus élevé parmi les actions étudiées dans le rapport.

Cette différence s’explique par la durée des parcours et par la prise en charge de la rémunération du salarié pendant son absence. Les formations suivies dans le cadre d’un PTP durent en moyenne 947 heures.

La rémunération représente 64 % du coût total, soit un peu plus de 19 000 euros par projet. Les coûts pédagogiques représentent environ 25 %, avec une moyenne de 7 410 euros.

Le PTP finance principalement des formations certifiantes destinées à permettre un changement de métier ou de profession. Il bénéficie davantage aux femmes, aux employés et aux personnes faiblement diplômées.

Depuis 2024, des conditions particulières sont également prévues pour les salariés exposés à certains risques professionnels ergonomiques qui souhaitent se reconvertir.

Une baisse globale qui ne signifie pas un effondrement du marché

La diminution de 1,7 % des engagements ne traduit pas un recul uniforme de la formation professionnelle.

Le nombre de contrats d’apprentissage augmente malgré la baisse de leur coût unitaire. Les dossiers CPF progressent sous l’effet d’une évolution réglementaire ciblée. Les formations relevant du plan de développement des compétences conservent des volumes très importants. Le PTP demeure un dispositif plus restreint, mais finance des parcours longs avec une prise en charge élevée.

Le rapport décrit surtout une phase de régulation. Les financeurs cherchent à contenir le coût des dispositifs tout en maintenant ou en augmentant le nombre de bénéficiaires.

Cette évolution se traduit différemment selon les marchés :

  • les CFA doivent composer avec la baisse des niveaux de prise en charge et la progression de leurs coûts de revient
  • les organismes dépendant du CPF restent exposés aux changements d’éligibilité et de participation financière
  • les prestataires travaillant avec les entreprises doivent suivre les priorités des branches et les capacités de prise en charge des OPCO
  • les organismes positionnés sur le PTP interviennent sur des volumes plus faibles, mais sur des parcours plus longs et plus fortement financés

La dépendance à un seul financeur devient plus risquée

Les chiffres montrent la rapidité avec laquelle une décision réglementaire peut modifier un marché.

L’ouverture du CPF au permis moto a provoqué une forte hausse des dossiers au début de l’année 2024. Sa restriction quelques mois plus tard a inversé la dynamique. La suppression d’une aide a participé à une baisse de 21 % du nombre de contrats de professionnalisation. Les révisions des niveaux de prise en charge ont réduit le coût moyen financé par contrat d’apprentissage.

Un organisme dépendant fortement d’un dispositif supporte directement les conséquences de chaque modification.

La diversification ne consiste toutefois pas à proposer la même offre dans tous les circuits. Chaque financement répond à une logique particulière.

Le CPF repose sur l’initiative du titulaire et l’éligibilité de l’action. Le PDC répond au besoin de l’entreprise. L’apprentissage associe une certification, un employeur et un parcours en alternance. Le PTP doit soutenir un projet cohérent de changement de métier. Une offre ne peut donc être transférée d’un dispositif à un autre sans adaptation.

Les indicateurs à suivre en interne

Le rapport fournit une photographie macroéconomique. Pour la traduire dans la gestion d’un organisme, plusieurs indicateurs peuvent être suivis régulièrement.

  1. La répartition du chiffre d’affaires par financeur

    Cet indicateur permet d’identifier la dépendance au CPF, aux OPCO, aux entreprises, à l’apprentissage ou aux autres financements publics.

  2. La répartition du chiffre d’affaires par dispositif

    Un même financeur peut intervenir sur plusieurs dispositifs soumis à des règles différentes. Il est donc utile de distinguer le CPF, l’apprentissage, le PDC, le PTP et les autres marchés.

  3. Le coût de revient réel de chaque action

    Le prix facturé ou le niveau de prise en charge ne suffit pas. Le calcul doit intégrer les charges pédagogiques, l’accompagnement, les fonctions support, les outils, les locaux, la commercialisation et le traitement administratif.

  4. La marge par formation et par dispositif

    Une moyenne globale peut masquer des offres excédentaires et d’autres déficitaires. Le suivi doit être effectué à un niveau suffisamment détaillé pour identifier les écarts.

  5. Le délai entre la réalisation, la facturation et l’encaissement

    Une prise en charge accordée ne produit pas nécessairement un paiement immédiat. Les délais et les justificatifs demandés diffèrent selon les financeurs.

  6. Le taux de remplissage

    Cet indicateur est particulièrement important pour les formations comportant des charges fixes, des locaux ou des plateaux techniques.

  7. Le taux de rupture, d’abandon et d’annulation

    Ces événements peuvent modifier les montants effectivement facturables et augmenter le coût administratif de chaque bénéficiaire.

  8. Le coût administratif par dossier

    Les plateformes, les contrôles, les justificatifs et les règles de facturation mobilisent des ressources qui doivent être intégrées au coût de revient.

  9. Le taux de transformation commercial par circuit

    La prospection d’une entreprise, l’inscription d’un titulaire du CPF et le montage d’un dossier de transition professionnelle ne demandent pas les mêmes moyens.

  10. La concentration du chiffre d’affaires

Le suivi doit permettre d’identifier le poids du principal financeur, du principal client et des principales offres dans l’activité totale.

Une lecture économique à compléter par la qualité et les effets

France compétences rappelle que le coût unitaire ne peut pas être interprété seul.

Une action courte d’adaptation au poste, une formation certifiante financée par le CPF, un contrat d’apprentissage de dix-huit mois et un projet de transition de près de 1 000 heures ne poursuivent pas les mêmes objectifs.

Leurs conditions de prise en charge sont également différentes. Certains dispositifs financent essentiellement les coûts pédagogiques. D’autres couvrent aussi des rémunérations, des aides aux employeurs, des frais annexes ou des dépenses de mise en œuvre.

L’efficience ne consiste donc pas uniquement à réduire les coûts. Elle suppose de mettre en relation les moyens mobilisés, la durée de l’action, les caractéristiques du public, la qualité de la formation et les effets obtenus sur le parcours professionnel.

Pour les organismes, le rapport constitue ainsi moins un classement des dispositifs qu’un outil de comparaison. Il permet de situer son modèle économique dans un système où les volumes restent élevés, mais où les conditions de financement deviennent plus encadrées et plus sensibles aux décisions de régulation.

Pour vérifier et approfondir

Sources

Les références utilisées pour documenter ce contenu et retrouver les publications d’origine.

  1. Source primaire

    Rapport sur l’usage des fonds de la formation professionnelle 2025

    Consulter la source
  2. Source primaire

    Panorama de l’usage des fonds

    Consulter la source
  3. Source primaire

    Communiqué : publication du rapport sur l’usage des fonds 2025

    Consulter la source

À poursuivre

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