Le Brief Études et chiffres

Formation des demandeurs d'emploi : les entrées reculent de 9 % en 2025

Le nombre d'entrées en formation des personnes en recherche d'emploi a diminué de 9 % en 2025, selon les données publiées par la Dares le 7 octobre 2026. Avec 918 900 entrées enregistrées, contre plus d'un million en 2024, cette nouvelle baisse confirme une tendance engagée depuis plusieurs années. Derrière ce recul national, les évolutions diffèrent fortement selon les financeurs et les territoires. Pour les organismes de formation, ces chiffres révèlent surtout un marché en transformation, marqué par la diminution des commandes publiques et la progression de la part du CPF autonome.

Par Benoit Gambier

9 min de lecture

Conseillère échangeant avec un demandeur d’emploi autour de documents de formation dans un espace d’accompagnement professionnel lumineux.

Près de 90 000 entrées en formation de moins en un an

La formation des personnes en recherche d'emploi poursuit son recul. Selon les dernières données de la Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), publiées le 7 octobre 2026, 918 900 entrées en formation ont été enregistrées en 2025, contre 1 007 400 l'année précédente.

Cela représente 88 500 entrées de moins en un an, soit une diminution d'environ 9 %.

Cette baisse n'est pas un phénomène isolé. Elle prolonge une tendance observée depuis 2021, après une période durant laquelle les dispositifs publics et le développement du compte personnel de formation avaient contribué à augmenter fortement les volumes.

Le recul apparaît encore plus marqué lorsque l'on exclut les formations financées exclusivement par le CPF, sans cofinancement de France Travail. Sur ce périmètre, les entrées passent de 694 400 en 2024 à 593 200 en 2025, soit une diminution de 15 %. Il s'agit du niveau le plus bas enregistré depuis 2016.

Ces chiffres concernent les personnes en recherche d'emploi indemnisées ou bénéficiant d'une protection sociale pendant leur formation. Ils ne correspondent donc pas à l'ensemble des personnes sans emploi ayant suivi une formation, ni au nombre de personnes distinctes formées, puisqu'une même personne peut effectuer plusieurs entrées.

Cette précision est importante pour interpréter les résultats. La diminution constatée traduit une baisse du nombre de formations commencées dans le périmètre étudié, sans permettre à elle seule de mesurer l'évolution de tous les besoins de formation ou du nombre de demandeurs d'emploi souhaitant se former.

Les Régions et France Travail réduisent leurs commandes

La diminution des entrées concerne particulièrement les deux grands commanditaires historiques de la formation des personnes en recherche d'emploi : les conseils régionaux et France Travail.

En 2025, le nombre d'entrées en formation commandées par les Régions recule de 18 %, après une baisse de 11 % en 2024. Du côté de France Travail, la diminution atteint 6 %, après un recul de 19 % l'année précédente.

Ces évolutions interviennent dans un contexte de réduction des dépenses nationales consacrées à la formation des personnes en recherche d'emploi depuis 2022.

Pour les organismes de formation qui interviennent dans le cadre de marchés publics, la baisse des commandes peut avoir des conséquences directes sur leur activité. Moins de places financées signifie potentiellement moins de sessions organisées, une réduction des volumes conventionnés et davantage d'incertitudes sur la reconduction de certaines actions.

L'ampleur de ces conséquences dépend toutefois de la situation de chaque organisme, de son implantation géographique, des dispositifs auxquels il participe et des publics qu'il accompagne.

La baisse nationale ne signifie pas que tous les marchés diminuent dans les mêmes proportions, ni que tous les secteurs professionnels sont touchés de manière identique.

Le CPF autonome résiste mieux à la baisse

L'évolution des formations financées directement par les titulaires de droits CPF contraste avec celle des commandes publiques.

En 2025, les entrées en formation financées par le CPF autonome progressent de 4 %, après une hausse de 14 % en 2024.

Cette progression reste toutefois plus modérée que celle observée l'année précédente, notamment marquée par le financement des permis moto au premier semestre, avant le durcissement des conditions de prise en charge intervenu en mai 2024.

Le CPF autonome représente désormais environ 35 % des entrées en formation des personnes en recherche d'emploi couvertes par les statistiques de la Dares.

Cette part importante doit néanmoins être relativisée au regard de la durée des formations.

Les parcours financés par le CPF autonome sont nettement plus courts que ceux commandés par les autres financeurs. Leur durée moyenne atteint 72 heures en 2025, contre 367 heures pour l'ensemble des formations, tous commanditaires confondus.

Ainsi, alors que le CPF autonome représente 35 % des entrées, il ne correspond qu'à 7 % du volume total d'heures de formation.

Cette différence montre qu'une évolution du nombre d'entrées ne suffit pas à apprécier l'activité réelle des organismes. Le volume horaire, la nature des parcours et leurs modalités de financement constituent également des indicateurs essentiels.

Des différences territoriales particulièrement marquées

La baisse des entrées en formation concerne presque toutes les régions françaises, mais son intensité varie sensiblement.

En Île-de-France, le recul atteint 15 % en 2025, tandis qu'il s'établit à 14 % dans les Hauts-de-France. Ces deux territoires enregistrent les diminutions les plus importantes.

La contraction des commandes régionales explique une partie de ces évolutions. En Île-de-France, le volume d'entrées commandées par le conseil régional chute de 51 %, dans un contexte marqué par l'arrêt de la mise en œuvre du Pacte régional d'investissement dans les compétences à la fin de l'année 2024.

Dans les Hauts-de-France, les commandes régionales diminuent de 22 %.

À l'inverse, certaines régions connaissent une augmentation des entrées financées par les conseils régionaux, notamment la Normandie et la Nouvelle-Aquitaine, même si cette progression peut s'accompagner d'une diminution des formations commandées par France Travail.

La Guadeloupe, la Martinique et Mayotte sont les seules régions où le nombre total d'entrées ne diminue pas en 2025.

Ces disparités illustrent le poids des politiques territoriales dans l'accès à la formation. Les décisions budgétaires des collectivités, les modalités de contractualisation avec l'État et les choix des différents financeurs peuvent produire des situations très différentes d'une région à l'autre.

Pour les organismes présents sur plusieurs territoires, une lecture uniquement nationale des statistiques risque donc de masquer des évolutions locales déterminantes.

Moins d'entrées, mais des formations régionales plus longues

L'évolution des durées apporte un autre éclairage sur les transformations du marché.

En 2025, les conseils régionaux ont commandé environ 190 millions d'heures de formation, soit 57 % des 337 millions d'heures recensées dans le champ étudié.

Malgré la diminution du nombre d'entrées, la durée moyenne des formations régionales continue d'augmenter. Elle passe de 693 heures en 2024 à 716 heures en 2025, soit une progression de 3 %.

Cette augmentation ne compense toutefois pas la baisse des commandes. Le volume horaire total des formations régionales recule de 15 % sur l'année.

Du côté de France Travail, le volume total atteint 79 millions d'heures, contre 82 millions en 2024, soit une diminution de 3 %. Là encore, la hausse de la durée moyenne des formations limite partiellement l'effet de la réduction du nombre d'entrées.

Ces évolutions montrent que le recul des formations ne se traduit pas nécessairement par un raccourcissement des parcours. Certains financeurs continuent de privilégier des actions relativement longues, tandis que le nombre de bénéficiaires entrant dans ces dispositifs diminue.

Pour les organismes de formation, cette distinction est importante. Une baisse des entrées n'a pas les mêmes conséquences selon qu'elle concerne des actions courtes, des parcours qualifiants de plusieurs mois ou des formations préparant à une certification professionnelle.

Quelles conséquences pour les organismes de formation ?

Pour les organismes de formation, les résultats publiés par la Dares constituent un signal à prendre en compte dans leur stratégie de développement.

Les structures fortement dépendantes des commandes régionales ou des dispositifs financés par France Travail peuvent être particulièrement exposées aux évolutions budgétaires et aux décisions des financeurs.

Cette dépendance peut se traduire par une visibilité réduite sur les prochaines sessions, des difficultés à maintenir certains groupes à un niveau suffisant ou la nécessité de revoir l'organisation des équipes pédagogiques.

Il serait cependant excessif de conclure que l'ensemble du marché de la formation professionnelle connaît une contraction de 9 %. Les données publiées concernent un public et un périmètre précis. Elles ne décrivent ni l'ensemble des formations suivies par les salariés, ni la totalité des dispositifs d'apprentissage ou de formation continue.

Elles ne permettent pas non plus de déterminer directement l'évolution du chiffre d'affaires des organismes.

En revanche, elles invitent les professionnels à examiner plusieurs dimensions de leur activité : la répartition de leurs financements, leur exposition aux marchés publics, les évolutions des besoins sur leur territoire et la place occupée par les différents types de parcours dans leur offre.

La diversification des publics et des financements peut constituer une piste pour certains organismes, mais elle ne représente pas une solution universelle. Elle suppose de disposer des compétences, des certifications éventuelles et des capacités commerciales nécessaires pour intervenir sur d'autres marchés.

L'enjeu consiste avant tout à anticiper les évolutions plutôt qu'à subir les changements de commandes.

Une baisse qui interroge aussi l'accès à la qualification

Au-delà des conséquences économiques pour les organismes, ces statistiques soulèvent une question importante : celle de l'accès à la formation des personnes qui en ont besoin pour retrouver un emploi.

La diminution des entrées ne signifie pas automatiquement que les besoins de formation diminuent dans les mêmes proportions.

Les personnes en recherche d'emploi peuvent continuer à rencontrer des difficultés liées à l'absence de qualification, à l'évolution des compétences demandées par les employeurs ou à la nécessité de se reconvertir.

Dans ce contexte, une réduction des places financées peut limiter les possibilités d'accès à certains parcours, particulièrement lorsqu'ils sont longs, coûteux ou difficiles à financer individuellement.

Les données de la Dares ne permettent toutefois pas de mesurer directement le nombre de personnes qui auraient souhaité suivre une formation sans pouvoir y accéder.

Elles ne permettent pas davantage de conclure que la baisse des entrées entraîne une dégradation du retour à l'emploi. Une telle analyse nécessiterait de croiser les volumes de formation avec les caractéristiques des bénéficiaires, les besoins de recrutement et les résultats d'insertion professionnelle.

Il reste néanmoins essentiel de distinguer deux objectifs : augmenter le nombre de personnes formées et améliorer l'efficacité des parcours proposés.

Une politique de formation ne peut être appréciée uniquement à partir du nombre d'entrées enregistrées. La pertinence des formations, leur adéquation avec les besoins professionnels et leurs résultats en matière d'emploi doivent également être pris en considération.

Un marché qui évolue, des équilibres à surveiller

Les données publiées le 7 octobre confirment une transformation progressive du financement de la formation des personnes en recherche d'emploi.

Les commandes des conseils régionaux et de France Travail diminuent, tandis que le CPF autonome conserve une dynamique positive, mais sur des formations généralement beaucoup plus courtes.

Cette évolution modifie la répartition des entrées entre les différents financeurs sans signifier que les financements individuels peuvent remplacer, à eux seuls, les parcours traditionnellement commandés par les acteurs publics.

Pour les organismes de formation, les prochains mois seront l'occasion de mesurer les effets de ces évolutions sur leur activité, notamment au regard des commandes prévues pour 2027.

Pour les pouvoirs publics, la question dépasse les seuls volumes de formation. Elle concerne aussi la capacité du système à proposer des parcours adaptés aux personnes les plus éloignées de l'emploi, dans un contexte de ressources financières contraintes.

Avec 918 900 entrées en 2025, la formation des personnes en recherche d'emploi demeure une activité importante. Mais le recul de 9 % en un an rappelle que son équilibre dépend fortement des politiques de financement et des choix opérés sur les territoires.

Pour vérifier et approfondir

Sources

Les références utilisées pour documenter ce contenu et retrouver les publications d’origine.

  1. Source primaire

    Les formations des personnes en recherche d'emploi (Brest)

    Consulter la source
  2. Source primaire

    Le compte personnel de formation en 2025 : le retour à une tendance à la baisse des entrées

    Consulter la source
  3. Source primaire

    Séries longues : le compte personnel de formation

    Consulter la source

À poursuivre

Des contenus liés aux mêmes sujets, rubriques ou formats.

Trois professionnels analysent ensemble des documents financiers et des graphiques autour d’un ordinateur portable
Le Décryptage Actualités

NPEC 2026 : le référentiel complet est publié, ce que les CFA doivent vérifier

France compétences a publié le référentiel complet des niveaux de prise en charge des contrats d’apprentissage issu de la procédure 2026. Derrière plus de 745 000 croisements théoriques entre branches et certifications, les situations réellement utilisées sont beaucoup moins nombreuses. Pour les CFA, l’enjeu n’est pas de parcourir l’ensemble du fichier, mais d’identifier les NPEC correspondant aux certifications qu’ils préparent et aux branches concernées, puis d’en mesurer l’impact sur les contrats conclus depuis le 1er septembre 2026.

Épisode 1 du podcast Le Brief Formation — Rentrée 2026 : ce qui change
Podcast · Épisode 1 Le Brief Actualités

Rentrée 2026 : ce qui change pour les professionnels de la formation

Qualiopi, CPF, apprentissage, reconversion, intelligence artificielle… La rentrée 2026 apporte plusieurs évolutions importantes pour les professionnels de la formation. Dans ce premier épisode du podcast Le Brief Formation, nous faisons le point sur ce qu’il faut réellement retenir et sur les conséquences concrètes pour votre activité.

Trois professionnels examinent ensemble des documents de formation autour d’un ordinateur portable. La scène évoque l’analyse et la vérification d’une offre de formation selon des critères professionnels.
Le Décryptage Actualités

France Travail peut désormais écarter certaines formations de son catalogue : sur quels critères ?

Depuis le 1er septembre 2026, France Travail applique de nouveaux critères pour déterminer les formations exposées dans ses services numériques et, le cas échéant, financées. Finalité professionnelle, compétences évaluables, référentiel identifiable ou encore information vérifiable : les organismes de formation ont intérêt à regarder de près la manière dont leurs offres sont présentées.