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Accessibilité des formations : pourquoi désigner un référent handicap ne suffit pas

Nommer un référent handicap, afficher un contact sur son site ou prévoir une procédure en cas de demande particulière ne suffit pas à rendre une formation accessible. L’enjeu se situe bien plus largement dans la conception des parcours, l’information des candidats, les supports pédagogiques, les outils utilisés, les modalités d’évaluation et la capacité de l’organisme à mobiliser rapidement les bons interlocuteurs. Pour les organismes de formation et les CFA, l’accessibilité doit donc devenir une démarche collective et continue plutôt qu’une réponse déclenchée uniquement lorsqu’un apprenant signale un handicap.

Par Benoit Gambier

10 min de lecture

Équipe de formation réunie autour d’une table, avec une participante en fauteuil roulant, dans une salle lumineuse et accessible.

Pendant longtemps, la question du handicap en formation a surtout été abordée sous l’angle de l’adaptation individuelle : une personne signale une difficulté, puis l’organisme cherche une solution.

Cette approche reste nécessaire, mais elle ne suffit pas.

L’objectif est également de réduire, dès la conception des formations, les obstacles qui pourraient empêcher certains apprenants d’accéder au parcours, de suivre les activités proposées ou de démontrer leurs acquis.

C’est précisément ce qui distingue une logique de compensation d’une véritable démarche d’accessibilité.

L’accessibilité ne commence pas le jour où un apprenant signale son handicap

Le Code du travail pose un principe d’égalité d’accès à la formation pour les personnes en situation de handicap. Elles doivent pouvoir accéder aux dispositifs de formation dans le respect du principe d’égalité de traitement, grâce, lorsque cela est nécessaire, à des mesures appropriées.

Mais rendre une formation accessible ne signifie pas nécessairement concevoir un parcours différent pour chaque personne.

L’Agefiph définit l’accessibilité comme une démarche visant à lever les obstacles susceptibles d’empêcher une personne de participer pleinement à une formation. Cela peut concerner l’environnement physique, mais aussi les modalités pédagogiques, l’organisation, les outils numériques, l’information ou encore les comportements.

Autrement dit, une formation peut se dérouler dans un bâtiment parfaitement accessible tout en restant difficilement accessible sur le plan pédagogique.

Un document projeté illisible avec un logiciel de lecture d’écran, une vidéo sans sous-titrage, une activité entièrement fondée sur l’oral, une plateforme impossible à utiliser au clavier ou un rythme qui ne laisse aucune possibilité d’adaptation peuvent créer autant d’obstacles qu’un escalier à l’entrée d’une salle.

La première évolution consiste donc à ne plus envisager l’accessibilité uniquement lorsqu’une situation individuelle se présente.

Le référent handicap ne peut pas porter seul toute la politique d’accessibilité

Dans les CFA, la désignation d’un référent chargé de l’intégration des personnes en situation de handicap est explicitement prévue par le Code du travail. Le CFA doit également faciliter l’intégration de l’apprenti en centre de formation comme dans l’entreprise et proposer les adaptations nécessaires au bon déroulement de son contrat.

Cette fonction est essentielle, mais elle ne transforme pas automatiquement l'ensemble du CFA en environnement accessible.

Le même raisonnement vaut pour les autres prestataires qui ont organisé une fonction de référent handicap.

Le référent peut coordonner les démarches, accompagner les équipes, identifier des partenaires et aider à rechercher des solutions. Il ne peut cependant pas être le seul à se préoccuper de l’accessibilité des supports, des évaluations ou des outils numériques.

Si le formateur ne sait pas qu’un support peut poser problème, si l’équipe commerciale ne sait pas recueillir une demande d’aménagement ou si la personne chargée des inscriptions ignore vers qui orienter le candidat, la présence d’un référent ne règle qu’une partie du problème.

L’Agefiph recommande d’ailleurs une organisation plus collective. Dans sa démarche de progrès pour l’accessibilité des formations, elle propose notamment la constitution d’un groupe projet animé par le référent handicap, puis l’élaboration d’un plan annuel de progrès suivi dans le temps.

L’accessibilité devient alors un sujet d’organisation et non la mission isolée d’une personne.

Commencer par permettre au candidat d’exprimer son besoin

Une difficulté peut apparaître avant même l’entrée en formation.

Le candidat doit pouvoir identifier facilement un interlocuteur et comprendre qu’il peut signaler un besoin particulier sans avoir à deviner la procédure interne de l’organisme.

Cette information peut être intégrée au site internet, aux programmes de formation, aux formulaires d’inscription ou aux échanges réalisés avant l’entrée en formation.

L’objectif n’est pas de demander systématiquement à une personne de déclarer un handicap.

Il s’agit plutôt de lui permettre d’indiquer qu’elle rencontre un besoin susceptible d’avoir une incidence sur le déroulement de la formation.

La nuance est importante.

Ce dont l’organisme a besoin pour organiser le parcours n’est pas nécessairement de connaître une pathologie, mais d’identifier les conséquences concrètes qui pourraient nécessiter une adaptation.

Une personne peut par exemple avoir besoin de davantage de temps pour certaines activités, d’une présentation différente des supports ou de modalités particulières pour une évaluation.

C’est à partir de ces besoins qu’une solution peut être recherchée avec l’apprenant et, lorsque cela est nécessaire, avec les professionnels ou partenaires compétents.

L’accessibilité doit être pensée dès la conception des supports

La conception pédagogique constitue l’un des principaux leviers d’amélioration.

Un organisme peut par exemple vérifier que ses documents présentent une structure logique, que les informations importantes ne reposent pas uniquement sur une couleur ou que les contenus audiovisuels peuvent être compris lorsqu’un apprenant ne peut pas exploiter l’un des canaux proposés.

Cela ne signifie pas qu’un support unique pourra répondre à toutes les situations.

L’objectif est plutôt d’éviter de créer inutilement des obstacles qui devront ensuite être compensés individuellement.

La même réflexion peut être menée sur les outils numériques.

Lorsqu’un organisme choisit un LMS, un outil de classe virtuelle, une solution d’évaluation ou une application pédagogique, son ergonomie et son accessibilité peuvent devenir des critères de sélection au même titre que son prix ou ses fonctionnalités.

Cette anticipation est particulièrement importante dans les formations à distance, où l’accès au contenu dépend parfois presque entièrement des outils utilisés.

Une modalité pédagogique peut elle aussi créer un obstacle

L’accessibilité ne concerne pas uniquement les documents et les logiciels.

Une activité pédagogique peut être difficilement accessible par sa conception même.

Une consigne exclusivement donnée oralement, un exercice imposant une manipulation très précise, une production réalisée sous une contrainte temporelle forte ou une activité collective reposant sur une interaction permanente peuvent poser problème dans certaines situations.

Cela ne signifie pas qu’il faut supprimer ces activités.

La bonne question consiste plutôt à déterminer ce que l’activité cherche réellement à évaluer ou à faire apprendre.

Si l’objectif porte sur une compétence professionnelle précise, certaines modalités peuvent parfois évoluer sans modifier l’objectif pédagogique.

Cette distinction est essentielle lorsqu’un aménagement doit être envisagé : adapter la manière de participer à une activité ne signifie pas nécessairement réduire le niveau attendu.

Les évaluations font partie intégrante de l’accessibilité

Une formation peut être accessible pendant plusieurs semaines puis devenir problématique au moment de l’évaluation.

Le sujet doit donc être anticipé.

Il faut notamment distinguer les évaluations conçues librement par l’organisme de celles dont les modalités sont fixées dans le cadre d’une certification ou d’un examen.

Dans le premier cas, l’organisme dispose généralement d’une marge de manœuvre plus importante pour construire des modalités permettant d’évaluer réellement la compétence recherchée.

Dans le second, les possibilités d’aménagement dépendent du cadre applicable et des décisions des autorités compétentes.

Dans tous les cas, attendre la veille d’une épreuve pour rechercher une solution augmente considérablement le risque de ne pas pouvoir mettre en place l’aménagement nécessaire.

L’identification des besoins doit donc intervenir suffisamment tôt dans le parcours.

Qualiopi ne demande pas simplement d’avoir un nom dans un organigramme

La prise en compte du handicap traverse également le Référentiel national qualité.

Le référentiel prévoit notamment que l’information fournie au public mentionne l’accessibilité aux personnes handicapées.

L’indicateur 26 va plus loin : le prestataire doit mobiliser les expertises, outils et réseaux nécessaires pour accueillir, accompagner, former ou orienter les personnes en situation de handicap.

Le guide de lecture Qualiopi précise que le prestataire doit pouvoir démontrer qu’il a identifié un réseau de partenaires ou d’experts mobilisables et, lorsqu’une personne en situation de handicap est accueillie, expliquer comment ce réseau et les mesures spécifiques ont été mobilisés.

Les exemples de preuves proposés comprennent notamment les partenaires spécialisés, les Cap emploi, les MDPH, les compétences actualisées du référent handicap, le recours à la Ressource Handicap Formation ou encore une charte d’engagement pour l’accessibilité.

La logique est donc clairement opérationnelle.

Disposer des coordonnées d’un partenaire ne suffit pas si personne dans l’organisme ne sait dans quelle situation le mobiliser.

Construire son réseau avant d’en avoir besoin

Lorsqu’une situation complexe apparaît, un organisme de formation n’est pas censé disposer en interne de toutes les expertises nécessaires.

Il doit en revanche savoir où les trouver.

La Ressource Handicap Formation de l’Agefiph peut notamment accompagner les OF et CFA dans l’organisation de leur accessibilité et aider les référents handicap à construire des parcours adaptés aux besoins des apprenants. Ce service est proposé gratuitement aux acteurs de la formation concernés.

L’intérêt est justement de constituer ces relations avant d’être confronté à une situation urgente.

L’Agefiph distingue d’ailleurs deux dimensions complémentaires : développer l’accessibilité globale de l’offre de formation et rechercher des adaptations lorsqu’une situation individuelle le nécessite.

Cette distinction permet de sortir d’une logique exclusivement réactive.

Passer d’une procédure handicap à une démarche de progrès

Une politique d’accessibilité peut commencer très simplement.

Un organisme peut examiner successivement l’information fournie avant l’inscription, le recueil des besoins, les supports pédagogiques, les logiciels utilisés, les modalités d’animation, les évaluations et les compétences des équipes.

L’objectif n’est pas nécessairement de tout transformer immédiatement.

Il est plus réaliste d’identifier les principaux obstacles, de définir quelques priorités et de suivre leur mise en œuvre.

C’est le principe de la démarche de progrès proposée par la Ressource Handicap Formation. Elle repose notamment sur l’engagement de la direction, la constitution d’un groupe projet et l’élaboration d’un plan annuel d’actions concrètes.

Cette démarche présente aussi un intérêt de plus en plus visible à l’extérieur de l’organisme.

Depuis juillet 2026, le Réseau des Carif-Oref et l’Agefiph enrichissent en effet le référentiel national QuiForme avec des données issues de la démarche Accessibilité de la formation. Elles permettent notamment de signaler l’engagement des organismes et la mise en œuvre de cette démarche auprès des personnes en situation de handicap, prescripteurs, financeurs et partenaires.

L’accessibilité ne constitue donc plus seulement un sujet traité en interne lorsqu’un besoin apparaît. Elle devient également une information permettant de rendre visible la capacité d’un organisme à accueillir différents publics.

Une formation accessible reste une formation exigeante

Adapter ne signifie pas diminuer les objectifs.

C’est probablement l’un des points les plus importants.

L’accessibilité consiste à permettre à une personne d’accéder à une situation d’apprentissage et de démontrer ses compétences dans des conditions adaptées lorsque cela est nécessaire.

Elle ne consiste pas à considérer qu’un apprenant en situation de handicap doit automatiquement bénéficier d’objectifs différents ou de critères d’évaluation moins exigeants.

La réflexion porte sur les obstacles créés par l’environnement ou les modalités choisies.

Pour un organisme de formation, la question peut donc être formulée très simplement : cet élément est-il indispensable à l’apprentissage ou constitue-t-il seulement une manière parmi d’autres d’organiser la formation ?

Lorsque la seconde réponse s’impose, une adaptation est parfois possible sans toucher à l’objectif professionnel.

Le véritable indicateur : ce qui se passe lorsqu’un besoin apparaît

Une politique handicap peut être parfaitement documentée et fonctionner difficilement dans la réalité.

À l’inverse, une organisation simple mais connue de toute l’équipe peut permettre de traiter rapidement une situation.

Un bon test consiste donc à imaginer qu’un candidat signale aujourd’hui un besoin d’aménagement.

  • Qui reçoit l’information ?
  • Qui échange avec lui pour comprendre ses besoins ?
  • Qui analyse les conséquences sur la formation ?
  • Le formateur est-il associé à la recherche de solution ?
  • L’organisme sait-il quels partenaires peuvent être sollicités ?
  • Les outils et les supports peuvent-ils être adaptés ?
  • L’évaluation a-t-elle été anticipée ?

Si ces réponses dépendent toutes d’une seule personne ou doivent être improvisées, l’accessibilité reste fragile.

Le référent handicap est un acteur essentiel de cette organisation. Il n’en constitue toutefois pas l’aboutissement.

Rendre une formation accessible revient finalement à faire de cette question un élément normal de l’ingénierie pédagogique et de l’organisation du parcours, au même titre que les objectifs, les modalités pédagogiques ou l’évaluation.

Pour vérifier et approfondir

Sources

Les références utilisées pour documenter ce contenu et retrouver les publications d’origine.

  1. Source primaire

    Qu'est-ce que l'accessibilité d'un organisme de formation ?

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  2. Source primaire

    Développer l'accessibilité de vos formations

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  3. Source primaire

    Guide de lecture du Référentiel national Qualité – V.9

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  4. Source primaire

    Article L. 6112-3 du Code du travail – Égalité d'accès des personnes handicapées à la formation

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  5. Source primaire

    Article L. 6231-2 du Code du travail – Missions des centres de formation d'apprentis

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  6. Source primaire

    QuiForme : publication des données sur l'accessibilité des organismes de formation

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À poursuivre

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